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Valorisation décentralisée du biogaz : un modèle inspirant à Messancy

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02.04.2025
Philippe Taverniers,, Chef de projet Biométhanisation et Bois-énergie
Unité de biométhanisation de Messancy

Le 18 février dernier, Valbiom a donné le coup d'envoi du Tour de la Biométhanisation 2025 avec une première visite chez Messancy Biométha. Cette unité, gérée par la famille Pastoret, est particulièrement innovante : le biogaz produit est directement acheminé vers un hôtel voisin grâce à un conduit dédié. Sur le parking de l’hôtel, une unité de cogénération lui permet de couvrir ses besoins en électricité et en chaleur. Retour sur ce projet inspirant.

La biométhanisation, kesako ?

La biométhanisation, ou digestion anaérobie, est une technique qui transforme les matières organiques telles que les résidus agricoles, les effluents d'élevage (déjections animales) et les déchets agro-alimentaires en biogaz. Ce biogaz est principalement composé de biométhane (CH₄) et de dioxyde de carbone (CO₂).

Le biogaz peut être utilisé pour produire de l'électricité, de la chaleur ou être purifié en biométhane (biogaz moins le CO2) pour être injecté dans le réseau de gaz naturel ou alimenter des véhicules sous la forme de biocarburant avancé (bioCNG, bioLNG).

Le résidu de ce processus, appelé digestat, est riche en carbone stable et en nutriments. Il peut être utilisé comme amendement organique pour les sols agricoles, réduisant ainsi le recours aux engrais chimiques.

Un complexe hôtelier en quête d’autonomie énergétique

Depuis un an, l'hôtel Van der Valk Luxembourg-Arlon est alimenté exclusivement en énergie (électricité et chaleur) grâce au biogaz fourni par Messancy Biométha. Depuis sa récente extension, l’hôtel couvre ainsi les besoins de ses 180 chambres et de son nouvel espace bien-être inauguré en décembre 2024.

La conversion du biogaz en électricité et en chaleur est assurée par un module de cogénération implanté sur le parking de l’hôtel, faisant face à l’unité de biométhanisation située de l’autre côté de la nationale.

Un acheminement direct du biogaz

L’approvisionnement en biogaz est rendu possible grâce à une canalisation dédiée de 400 mètres, très différente des réseaux classiques de gaz naturel. Le biogaz diffère du gaz naturel, lequel ne contient pas de dioxyde de carbone.

Avantage : la pression de service de ce type de canalisation n’excède pas quelques centaines de millibar, soit une valeur très proche de la pression atmosphérique. Un réseau de distribution de gaz naturel peut quant à lui atteindre une pression de service allant jusqu’à 15 bars.

Un défi technique pour l’installateur

Outre la conception de l’unité de biométhanisation, la réalisation des conduits a présenté des défis techniques particuliers. La canalisation devait en effet être enterrée à 9 mètres de profondeur afin de traverser la route, demandant des précautions particulières. Un défi relevé par l'entreprise Ökobit, chargée du projet. Cette distance entre la station de biométhanisation et l’hôtel permet ainsi de préserver le confort des clients, la rendant totalement inaperçue.

En parallèle, une cogénération de 100 kWél installée à proximité directe des digesteurs permet au site de biométhanisation de fonctionner en autoconsommation, en couvrant l’ensemble des besoins en électricité et en chaleur nécessaires au processus de production du biogaz.

 Quant au coût du projet, la construction et le développement du site représentent tout de même un investissement de 5 millions d’euros pour les porteurs de projet.

Un approvisionnement agricole local

La production de biogaz repose sur la fermentation de différentes matières agricoles : 50 % d'effluents d'élevage, 30 % de maïs énergétique et 20 % de co-produits agricoles. Ces matières fermentent dans de grandes cuves, dont la bâche interne se gonfle progressivement à mesure que le biogaz se forme.

Quarante fermes de la région participent à l'approvisionnement de la station en lisier et en fumier, et reçoivent en échange du digestat, permettant de boucler le cycle des nutriments nécessaires à la fertilité des sols.

Une rentabilité assurée grâce aux certificats verts

La viabilité économique de la valorisation du biogaz en cogénération repose principalement sur l’octroi de certificats verts. Actuellement, le coût de production d’électricité renouvelable et bas carbone reste supérieur à celui de l’électricité fossile. L’aide accordée par le gouvernement permet ainsi d’assurer la rentabilité de ce type de projet.

Au-delà de l’aspect financier, ces subventions répondent à un enjeu majeur : décarboner les sources d’énergie, et ainsi assurer un approvisionnement plus durable dans un contexte de raréfaction des ressources fossiles.

Un coût de production stable

En plus de son caractère renouvelable, la biométhanisation présente un coût de production plus stable dans le temps, avec une prévisibilité sur plusieurs années, à l'inverse des énergies fossiles, souvent soumises à de fortes fluctuations.

La suite des évènements ?

Le Tour de la Biométhanisation organisé par Valbiom se poursuivra le 9 avril 2025 chez Methavernaux, une unité de biométhanisation exploitée par Eric Jonkeau, à Houffalize.

Valbiom compte évidemment sur votre présence !